Sur la voie du Mont-Blanc Express

2009.12.11 Atteindre son rêve de gosse

 

Bonjour,

Et voilà .... à peine si je réalise ce qui vient de se passer, après trois long mois de labeur, de doutes, de stress, de remise en question, de douleur même !! Après tant d'années à espérer, à ne plus y croire, puis à reprendre espoir à nouveau et lorsque tout semble définitivement impossible, entrevoir une dernière fenêtre de tir pour viser cet incroyable rêve de gosse … celui de devenir conducteur de train. Et quels trains mes amis ! Pas les super TGV  … non, plutôt les TGP pour Trains à Grand Panorama : les fameux trains rouges et blancs du « Mont-Blanc Express ». Ca va pas vite, ça secoue un peu mais alors … qu'est-ce que la vue est belle, changeante et attirante.

Depuis 18 h ce jeudi 11 décembre, jour de la St Daniel justement, me voici nommé conducteur sur la ligne à voie métrique reliant St Gervais (Le Fayet) à Vallorcine et Châtelard frontière pour l'unique aller-retour quotidien.

 

Je reviens de loin

La SNCF et le chemin de fer est pour moi une histoire de longue date … depuis gamin en fait. Mes parents résidaient dans une HLM idéalement située au Pk 202 (depuis Lyon) de la ligne du Chablais « Annemasse – Evian », à Thonon-les-Bains.

Cette proximité ferroviaire et le fait de regarder mon père partir en train tracté par une BB 67000 ou parfois des A1A – A1A 68000 ont elles éveillé ma passion pour le chemin de fer ?? Allez savoir.

Toujours est-t-il que ça m'a pris tout petit et mon premier train électrique est arrivé à 8 ans, mon premier réseau construit à 11 ans.

C'est à cet âge que cette passion s'est décuplée, au contact d'autres fanas du rail de l'Association Thononaise et Chablaisienne des Amis du Rail (ATCAR). Ils ont ainsi fait mon éducation ferroviaire, tant modèlistique que réelle.

Presque 25 ans de bons souvenirs au sein de cette amicale ou mon rêve de gosse n'a eu de cesse d'être exacerbé.

 

Deux premières tentatives d'entrée au centre d'apprentis SNCF à Chambéry ont échoué, la première sur "échec aux maths", la seconde sur ce qui allait me caractériser très longtemps : le « just-time » ou comment habiter à 600 m de la gare et regarder partir le train que l'on doit prendre en courant face à lui sur le quai !!! Une belle UM de trois Z2 toutes neuves par un matin pluvieux de 1987 … l'image reste amère et le resta très longtemps.

Ce ratage fut rattrapé par un courrier gardé sous le coude par un DRH consciencieux, me contactant  avant ma fin de service militaire en 1990 pour entrer aux ateliers de Oullins justement, service de rectification des carters d'engrenage moteur, rapport à mes CAP tourneur/fraiseur.

Je l'ai regretté plus tard, mais juste avant l'étape médicale, la psycho étant passée, j'ai moi-même renoncé à ce poste pour diverses raisons personnelles et familiales.

Voilà comment on passe presque 10 ans à croire que tout espoir est perdu, les compétences scolaires demandées augmentant au fil du temps pour rentrer à la SNCF.

 

Le chemin de fer réel m'a cependant ouvert des bras particuliers dès 1987. L'ATCAR est alors collaboratrice aux festivités du centenaire de la ligne à trafic restreint Evian - Le Bouveret dite du Tonkin entre France et Suisse, au bord de la côte sauvage de la rive Sud du lac Léman. Le train des festivités n'est autre qu'un petit train à vapeur remorqué par une splendide 030 Tigerli. Dans la foulée, a été créée l'Association du Rive Bleu Express vouée à l'exploitation d'un train touristique sur cette ligne délaissée depuis longtemps par les trains de voyageurs, ne conservant qu'un épistolaire service fret international hebdomadaires de quelques wagons isolés et qui ne survivra pas longtemps non plus. Des membres l'ATCAR adhèrent de cœur et de raison au RBE et certains en forment l'équipage à divers postes, principalement à la chauffe et à la conduite. Peu attiré par ce travail de conduite et de chauffe d'une locomotive à vapeur (je le regrette aujourd'hui et dont je me rattrape en conduisant la petite machine à vapeur du train du parc thermal de St Gervais),  j'ai opté pour une participation comme "chef de sécurité et contrôleur". Vérification des tickets, commentaires culturels et touristiques sur le parcours, contrôle des montées et descente des voyageurs, manœuvres des barrières spéciales sur la ligne (barrières pivotantes horizontales fermant la voie), préparation et nettoyage de la rame etc ... un vrai boulot de cheminot en quelque sorte.

Cette incursion dans l'exploitation d'un vrai chemin de fer, quoi que l'on en dise, n'aura été que de courte durée, n'ayant pour diverses raisons pu accompagner le RBE dans toute la durée de son existence jusqu'en 1998.

 

Entre temps, en 1996, j'ai réussi à me rapprocher de la grande maison SNCF en intégrant le magazine « La Vie du Rail », un contact devenu plus intimiste au fil du temps.

Un ultime essai avant mes 30 ans fut tenté en 1999, poussé par des amis conducteurs, afin d'intégrer l'école transverse d'Aix les Bains qui m'a donné une réponse positive alors que Chambéry resta négatif.

Mais Une personne aura décidé à l'avance que je n'étais pas fait pour ce métier et s'est arrangé pour que l'entretiens d'embauche soit voué à l'échec.

 

C'est quasiment par hasard que j'ai découvert en 2001 une annonce pour un poste d'agent de manœuvre à Annemasse …. presque incroyable de trouver cela en ANPE.

Un essai enfin transformé, début d'une sacrée aventure.

Malgré certains freins d'anti-passionnés ou anti-ferrovipathes je ne sait pas, j'ai réussi à partir en formation de conducteur de locotracteur de manœuvre dans ma première années d'embauche.

J'ai pris cette fonction pendant la canicule de 2003 au service Fret d'Annemasse. Exempt de parcours en ligne, je n'ai eu que la moitié de ce à quoi j'aspirais. Rouler avec un train ! Manœuvres en gare exclusivement, je n'ai quand même pas boudé mon plaisir de piloter ce modeste mais vaillant engin qu'est le Y 8000, le 8139 exactement.

En 2005 le plan Fret m'a renvoyé plus près de mes foyers, en gare d'Evian où je n'ai malheureusement pas eu la chance de reprendre un poste de conduite, juste celui de Chef de la Manœuvre.

 

En 2006 contre toutes attentes, un autre plan Fret m'expropriait loin de mon Chablais natal et de ce magnifique miroir alpin qu'est le Léman.

Me voilà propulsé au pied du Mont-Blanc en gare du Fayet (St Gervais les bains). J'y ai repris un poste de conducteur de manœuvre. Mais quelques rares parcours HLP entre le Fayet et Sallanches ont émaillé cette carrière.

C'est là que j'ai découvert plus amplement cette belle ligne du Mont-Blanc Express, déjà croisée, notamment en 1999 lors des avalanches puis en 2001 pour les travaux de la gare ainsi qu'en 2005 pour l'arrivée des premières Z 850.

 

Nos première balades en train sur cette ligne ont dévoilé les charmes uniques qu'elle propose … un vrai coup de cœur naissant.

J'ai vu arriver les dernières rames Stadler, j'ai vu évoluer ces trains rouge et blanc dans ma gare, participant aussi à leur manœuvre (signaux et manœuvre d'aiguillages) entre les quais et le dépôt.

Les contacts avec le personnel et les responsables de l'EMB s'est renforcé peu à peu.

Mais c'est véritablement le centenaire de 2008 et surtout, la lecture du magnifique livre de Pierre-Louis Roy qui a généré chez moi un engouement insoupçonné.

 

L'annonce d'un recrutement et la création des conducteurs dédiés à cette ligne est vite devenue pour moi un point de mire. D'autant qu'en avril 2009, le locotracteur a été supprimé en gare, m'enlevant du même coup la seule fonction m'apportant la joie de « conduire » un engin ferroviaire.

Passant à coté d'une première école début 2009, il m'a fallu patienter jusqu'en septembre suivant pour enfin intégrer une seconde cession, la dernière. Une chance que je dois à Guillaume, malheureux perdant à la première formation qui est venu me remplacer à la manœuvre en gare afin que je puisse être intégrer à l'Etablissement Mont-Blanc, indépendant de l'Etablissement Ain – Haute-Savoie auquel j'appartenais.

 

Je dédie cet article à tous ceux qui rêvent de faire un travail qui les passionne, à tous ceux qui caressent encore leur rêve de gosse. Il n'est jamais trop tard, j'en suis la preuve quadragénaire et aujourd'hui j'ai la fierté de dire à mes enfants : papa conduit le petit train du Mont-Blanc !

 

Daniel Zorloni



11/12/2009
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