Sur la voie du Mont-Blanc Express

2009.12.19 Une journée très formatrice

 

Longue et belle journée pour ma deuxième à mon compte. Conditions de circulation sympa, bonne préhension des engins et peu à peu un certain plaisir qui vient s'immiscer dans une concentration maximum. J'ai avec moi un contrôleur extra, un ancien qui apprécie le « tout jeune » que je suis, ça me fait chaud au cœur. Merci à lui pour la petite photo à Argentière.

         


Au grès de mes services je me rends compte peu à peu que je suis bel et bien en train de faire ce travail, c'est bel et bien « mon job » et il consiste à conduire des trains, cette réalité s'affiche très progressivement mais modérément tout de même.

 

Ca peut paraître bizarre mais je m'étonne encore de ne pas arriver à ressentir une véritable sensation de « bonheur » au sens joyeux du mot, à conduire. Malgré des gestes de conduite qui se font plus fluide, des automatismes de mieux en mieux acquis, je ressens toujours cette pression, utile au demeurant, qui me guide vers une vigilance intense. Une attention de tous les instants justifiée par la rigueur qu'impose ce métier. Mais pour moi, l'inexpérience ajoute une obligation supplémentaire, celle de se méfier de soit-même.

 

La véritable raison de ce frein à exulter est certainement la peur, ou dirais-je plutôt l'appréhension, à devoir à un moment ou à un autre faire face à l'incident technique ou l'erreur de pratique à laquelle il faudra associer sans faillir des mesures immédiates, puis appliquer ensuite la réglementation indiquée en fonction de l'évènement.  Je sais au fond de moi que c'est cette crainte sous-jacente qui mine ma joie, même si je suis déjà à faire ce nouveau métier avec une passion dévorante. Mais cette frustration de ne pouvoir me désinhiber de tout questionnements inconscients force mon esprit à l'éveil permanent et c'est tant mieux, je préfère. Je reste constamment en alerte en cherchant de tant à autre des bribes de satisfaction à être assis là en train de faire ce beau métier.

 

Une avalanche d'événements

Mercredi 17 décembre fut « LE » jour tant redouté autant que je l'attendais avec impatience : le truc qui cloche et qui vous casse votre enthousiasme en quelques seconde !

Un premier incident technique d'indicateur de vitesse après le départ de Vallorcine qui m'amène à monter jusqu'à Montroc à vitesse modérée. Arrivé en gare, me voilà enfin, si j'ose dire, dans le vif du sujet, l'autre facette du métier de conducteur. L'anomalie est connue car souvent traitée en formation et le plus incroyable est qu'il s'agit d'un des cas posé lors de l'examen écrit du 3 décembre !!!

 

Une fois le dépannage réglé, la suite du parcours doit se faire en gérant la pression rajoutée par le fait d'être en retard, même si à Chamonix mon train est terminus sans correspondances. Les questions se posent et s'imposent automatiquement : Quelqu'un dans le train sera peut être en retard à un entretiens d'embauche, une maman va-t-elle devoir débourser plus que prévu pour la nounou ??

Et pendant ce temps beaucoup de gens pensent que les conducteurs de trains son des nantis, tranquillement assis à pousser des leviers pour freiner ou accélérer !!! Et quand il y a une panne on est tout seul pour régler le problème … c'est là le véritable fond de notre métier, ce pourquoi un conducteur à la SNCF a toujours été appelé un « mécanicien » !

Sur le Mont-Blanc Express le métier est encore plus complet car nous devons gérer, à chaque arrêts voyageurs, l'ouverture et la fermeture des portes, la surveillance de la montée et descente des voyageurs, parfois la fermeture ou ouverture de certains passages à niveaux en gare. Nous devons également assurer nous-même la demande et l'obtention des autorisations de départ (système Eclair) à chaque gares  … et n'oublions pas que nous roulons sur de très fortes déclivités … la maîtrise du train reste en grande partie laissée au conducteur car l'électronique ne sait pas s'affranchir de certaines lois physiques et naturelles immuables, seul la vigilance de l'humain pouvant y parer à 100 %.

 

Ce qui me caractérise c'est que quand les choses vont de travers, ça ne s'arrête que lorsque je me couche le soir !

A Chamonix, après m'être débarrassé de ma première panne, j'en récupère une seconde …. habituelle  sur ces engins visiblement mais une fois de plus comme pour toute chose nouvelle, il faut dompter la maîtrise des informations et des bonnes actions à réaliser. Pour cet aller-retour à Vallorcine la tension est montée d'un cran.

Et pour bien faire les choses, au dernier aller-retour à Vallorcine, un équipement de sécurité s'est mis en action … de mon fait ou par dysfonctionnement ? dans les deux cas ce fut un nouvel événement à gérer.

 

Autant dire que mon premier « découché » aura un goût amer alors que je roule depuis deux jours sans pépins, toujours bien à l'heure.

Mais j'ai enfin franchi ce cap tant redouté, tel un navigateur qui se demande si le passage du Cap Horn ne va pas l'engloutir. J'ai traversé mes premiers incidents, et pas qu'un peu, en réalisant l'importance de la rigueur demandée pendant la formation. Aurais-je pu gérer les choses encore plus rapidement ? Certainement ! J'en suis bien conscient mais ce qui me restaure en confiance c'est d'avoir réussi à surmonter le doute que seule la pratique pouvait lever : transformer le « savoir » en « savoir faire ». Pas évident et certainement pas encore tout à fait au point mais c'est bien ce que j'attends de ce métier .. apprendre encore et encore ! Une telle journée ne peut être que formatrice et ce que j'ai appliqué cette fois ne pourra qu'être mieux gérée plus tard.

En formation, une journée comme cela s'appelle un « train catastrophe » !!!

 

Le lendemain la journée a repris très tôt avec mon premier W (voyageur vide) en UM (deux engins) à destination de Vallorcine à 5 h 30. Première trace dans une fine couche de neige tombée dans la nuit sur la région de Chamonix. C'est aussi le train qui « ouvre » les portes du tunnel des Montets de chaque coté, autre particularité pittoresque (mais techniquement incontournable) de la ligne. C'est parti pour une descente jusqu'à St Gervais avec le train des écoliers … j'ai l'impression de faire du métro ! Je repars du Fayet pour remonter à Vallorcine non sans m'être séparée de l'une de mes Z 850 au passage à Chamonix. Puis alors que la dépression neigeuse nationale atteint enfin notre région, c'est le retour final à la maison à travers une myriade de flocons cotonneux … je suis parti depuis 7 h la veille et à midi je suis de retour au pied du sapin de Noël familiale ; fin de la semaine …. Prochain service dans la furie des vacances de Noël et là c'est sûr, j'ai pas fini de faire de l'huile !!

 

C'est le Mont-Blanc Express dans sa plus belle vocation hivernale que je me prépare à vivre ces prochains jours.



19/12/2009
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