Sur la voie du Mont-Blanc Express

2010.01.03 Le "métro" des neiges

Mes précédents récits de journées à rouler dans la neige vous laissaient penser que j'avais franchi graduellement des niveaux d'enneigement de plus en plus forts. C'est presque cela mais en fait, ces périodes de neige sont toutes différentes, dans leur durée, dans leur intensité ou encore leur étendue sans oublier les conditions de circulation et d'exploitation qu'elles induisent suivant des scénarios jamais similaires.
Je m'extasiais devant la magie de "conduire" mon train à travers des paysages cotonneux, chaque fois différents. En fait c'est chaque fois un "plaisir" différent, une jouissance visuel qui vient peut à peut m'aider à surmonter mes appréhensions de "jeune" débutant tout en y ajoutant celle d'une conduite sur voie enneigée toujours délicate et surprenante à plusieurs points de vue.
Mieux encore, je vis depuis plusieurs jours des épisodes neigeux associés à un taux de fréquentation incroyable, cela alors qu'au moment où j'écris ces lignes , lundi 4 janvier vers 21 h, après une nouvelle journée bien différente des autres, la neige tombe encore tant en plaine qu'en altitude et ce depuis 3 h du matin, sans discontinuer. Là encore des conditions climatiques peu habituelles qui ont enveloppé le Mont-Blanc Express dans le paysage qui fait de lui un transport incontournable dans l'hiver tourmenté de la Vallée Blanche.

Pour cette première partie des superpointes d'hiver j'ai été épargné par les service de week-end, notamment le samedi, qui associent en  particulier la voie métrique avec les trains Grande Ligne entre Haute-Savoie et le reste de la France.
J'ai pourtant eu droit à mon moment de fort trafic en cette fin d'année 2009.
Le manteau neigeux restait d'une épaisseur honorable dès les environs de 800 - 900 m après la période pluvieuse des jours précédants.
C'est donc dans cet environnement en demi-teinte que ce sont déroulés les derniers jours de l'année, jusqu'au der des der, le jeudi 31 décembre.
C'est la première fois que je fait cette journée, la plus longue avec 175 km et la plus "marathon" avec deux aller-retour St Gervais - Vallorcine ainsi qu'un St Gervais - Vallorcine, destination finale de cette journée marquant mon tout premier réveillon de la St Sylvestre loin de ma famille. Et tout cela entre 13 h 30 et 21 h.
Ce jour là, la pluie s'est transformée en neige en plaine sans grande conviction cependant. En revanche, plus haut, la blanche bien fraiche s'est étendue et redonne à la vallée la justification de son nom.
Ma Z 850 contiens pas mal de voyageurs qui naviguent avant le réveillon. Mais à Chamonix, alors que la neige se fait plus denses, le nombre de voyageurs qui attendent mon arrivée sur le quai est impressionnant ! D'un seul coup j'ai l'impression de conduire un métro. Les gens sont debout, ski contre bonnets. Et à chaque gare depuis Chamonix j'en embarque encore alors que les trains que je croise sont tout aussi combles. A partir des Tines, comme d'habitude, la neige tombe encore plus drue et comme nous sommes en milieu de journée, ce sont les trains qui déneigent à chaque passage. A Argentière, Je m'inquiète d'être chargé à "ras la gueule" pour attaquer la montée sur des rails déjà à nouveau recouverts de 5 cm de neige depuis le dernier passage. Mais au final, je reste émerveille de voir comment ces belles machines suisses gravissent en simple adhérence de telles rampes alors qu'elle avancent en poussant la neiges, devant, sur les coté, dessous.
Finalement, ça roule pas si mal mais divers événements comme la blocage de la voie pour des déclenchement d'avalanche vont provoquer un premier retard de 15 mn qui va contaminer tout le plan de transport très tendu.


               
Jusqu'au soir, les trains ne désemplissent pas et restent bondés par des transits entre Chamonix et Vallorcine. La tâche est rude car dans cette journée je parcours deux fois 1/2 la ligne dans sa totalité.
A la première descente, le soleil vient trouer la masse nuageuse offrant une sorte de répit visuel comme pour nous récompenser d'avoir déjà bien affronté les éléments. Dès lors, la neige qui s'est posée pour environ 30 cm au plus haut de la ligne va perdurer encore un peu avant de cesser en fin d'après-midi.



Le second départ de St Gervais sera limité à Montroc afin d'ouvrir le tunnel aux voitures, le col étant fermé pour risques d'avalanches.
Un conducteur de TGV assis derrière moi observe tout cela, découvrant stupéfait la polyvalence demandée aux conducteurs et le multitudes de choses à gérer, surtout dans de telles conditions climatiques.
Il fini par m'avouer avoir découvert un métier très ardu, très loin selon lui de la dureté de conduite en banlieue ou dans le RER. Il reconnait même trouver son travail facile par rapport au notre !
C'est la réalité de cette belle ligne du Mont-Blanc Express où le droit de conduire se mérite et demande un rigueur aussi implacable que les montagnes qu'elle gravit.

               

L'arrêt à Montroc me permet de souffler un peu car du coup mes 14 mn de retard vont être absorbées par la demi-heure d'attente avant de repartir vers Chamonix (un trajet aller-retour Montroc - Vallorcine fait 10 mn + 8 mn de changement de sens à Vallorcine soit environs 30 mn). Déduit mon retard me reste donc 1 1/4 d'heure pour préparer mon train et faire quelques clichés. J'en profite également pour faire deux bouts de vidéo du convois de voiture dans le tunnel des Montets.
 Voici une petite vue rapide ce cette circulation routière dans un tunnel ferroviaire.

La dernière montée depuis St Gervais laisse apparaître une bonne fatigue mêlée à une moins bonne due à une sinusite persistante. Sur le bas de la ligne c'est assez calme mais dès Chamonix je prends et pose encore pas mal de monde ci et là pour commencer le réveillon, beaucoup dans des établissements d'Argentière. Ce soir, pas besoin de s'arrêter pour fermer les portes du tunnel (nous sommes les derniers à passer) car il restera ouvert toute la nuit pour les voitures.
Arrivée donc 2 mn en avance à Vallorcine. Puis le réveillon avec mon contrôleur .... c'est le métier qui veut cela !

Entre Transsibérien et traineau de la Troïka
Le 4 janvier au matin, les chutes de neige annoncées en plaine ont bien eu lieu. Vers 6 h, je part travailler dans 10 cm de neige fraîche qui a commencé à tomber vers 3 h.
Tous les services semblent pris au dépourvu et rien n'est raclé. Le CN4 lui n'a pas chômé en revanche sur le haut de la ligne. Pour ma part, je suis le premier et vais donc faire la trace.
Là encore, je découvre une autre ambiances, d'autres sensations, d'autres vues et pourtant ce n'est plus ma première sortie dans la neige. Là en plus ça tombe fort et la montée le long de la voie rapide entre les Egratz et Servoz offre un spectacle de déroutes des automobilistes et routiers les plus téméraires qui n'ont pas attendu l'oeuvre de la DDE.
Si coté traction ça roule plutôt bien malgré toute cette blancheur tapissant, quelques aléas techniques nous enquiquinent un peu toute la journée.
J'ai malgré tout enfin pu me lâcher encore un peu plus à apprécier la conduite, même si la vigilance est de mise. Entre La Joux et Argentière j'ouvre les rétroviseurs et découvre que ma monture lancée à presque 50 km/h soulève sur ses flancs des murs de neige qui l'enveloppent et masquent quasiment la visibilité aux voyageurs. C'est féérique et j'ai l'impression de piloter le Transsibérien pour cette ambiance blizzardesque. Ou plutôt un traineau tant j'ai le sentiment de glisser littéralement sur un tapis de neige, sur des rails que seul ma mémoire peut visualiser virtuellement.
Les moindres branches d'arbres supportent des épaulières de neige collante tout comme les rambardes et autre parapets.
Les cristaux s'empilent à la verticale et même après son passage, un train redépose presque autant de poudreuse sur la voie qu'il n'en a déplacé au-devant.
Incroyable comme une journée enneigée ne ressemble pas à une autre et me surprends toujours à chaque fois.
C'est finalement, je crois, la facette la plus ingrate mais aussi la plus valorisante et passionnante de la conduite du Mont-Blanc Express.



03/01/2010
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