Sur la voie du Mont-Blanc Express

2010.10.24 Neige en octobre, Noël en decembre !

   Dimanche 24 octobre, je m’apprêt à faire ma journée de service avec une nuitée à Vallorcine. Le temps est maussade et pluvieux mais on voit bien que le froid n’est pas très loin. La semaine précédente déjà la neige avait atteint Argentière blanchissant pour la première fois de l’année la ligne sur sa partie haute. Un peu tôt certes mais après tout, on est en montagne !

 

Toujours est-il que la météo semblait vague sur les conditions « pluie-neige ». Me voilà alors parti de St Gervais sous la pluie. L’aller-retour jusqu’au Châtelard s’en réalise ainsi.

 

Après une pause à Vallorcine, la neige mouillée semble vouloir s’imposer. Changement de train aux Tines et c’est reparti vers le Châtelard. Mais dès la montée vers Montroc la neige est réellement en train de tomber, blanchissant timidement les abords de la voie, les champs et la végétation d’une neige vaguement fondue.

Il ne fait pas très froids, voici donc des giboulées pouvait-on penser. Malgré tout, l’image de voir tomber autre chose que de la pluie devant mon train reste un événement car il marque d’une part la fin d’une saison de conduite « tranquille » et le début d’une période de « pilotage en conditions dégradées ». Cette perspective proche me réjouie cependant, sait-on pourquoi ?

J’aime bien la neige c’est sûr, mais les difficiles journées d’apprentissage in-situ du métier l’hiver dernier mêlées à d’âpres conditions atmosphériques étaient à même  de me faire redouter le retour de la neige en ligne.

 

Que nénies, c’est même un grand bonheur lorsqu’au débouché du tunnel des Montets, la blancheur répandue et de gros flocons fermes et cotonneux s’offrent à moi.

J’avais anticipé en jouant sur les reflex pré-conditonnés imposés par le règlement de conduite : « Conduite sur voie enneigée » !

Roulé au trait dans le tunnel pour arriver en avance à la sortie et m’autoriser une descente plus près d’un 28 ou 30 km/h sécuritaire que d’un 34 km/h habituel (vitesse limitée et contrôlée à 35 km/h). L’arrivée à Vallorcine, puis au Châtelard frontière se fait sous une neige fondue qui ne semble toujours pas annoncer une plus grande rudesse même si l’averse est constante et massive, sauf que … !

 

De retour à Vallorcine (en W), la pause me permet de faire quelques clichés histoire de marquer le coup avant de repartir. Force est de constater que ça commence à tenir ! Et non seulement sur les quais, mais aussi sur les traverses et sur le dessus des rails ce qui signifie que les éléments et le sol ne sont pas si chaud que ça, offrant à la neige la possibilité de s’installer. A l’heure du départ, le petit centimètre déjà allongé pose la question d’allumer les réchauffeurs d’aiguille.

                                            

On est à peine au 0°  et même si ça tombe dru, ça ne vaut peut être pas le coup de s’alarmer. Le retour vers le bas de la vallée se fait tout de même dans un paysage hivernal. A Chamonix la neige tombe aussi à présent. Jusqu’à Servoz que le vert tourne au blanc et la descente se fait au travers des flocons massifs qui diminuent considérablement la visibilité.

 

Reparti pour la dernière fois de St Gervais vers mon terminus, le retour à Servoz met fin une bonne fois pour toutes aux doutes. La neige a pris possession de la haute vallée d’Arve et déjà les traverses ont disparu entre les rails.

 

Je retrouve des habitudes, des gestes ou encore des sensations laissées au vestiaire au printemps dernier. Ces premiers tours de roue dans la neige me rendent curieusement fébrile, mêlant inquiétude et joie d’une conduite plus « intuitive » surtout que j’ai troqué mes Z 850 de la journée pour une Z 800 qui à le don de « chanter » à la moindre adhérence dégradée. Ca monte au sable et à l’antipatinage mais au moins ça donne un peu de rythme à ce dernier trajet que la fatigue commence aussi à émailler. On change les façons de faire, jouant plus du frein pneumatique et reléguant  le frein électrique au rang de ralentisseur complémentaire. On modifie les vitesses entre les gares pour assurer des arrêts aux quais plus lents aux freinages plus en amont.

A Chamonix je laisse mon contrôleur et c’est seul que je poursuis à présent dans un tapis de neige définitivement bien installé.

La neige lourde à près de 1 000 mètres d’altitude commence à jouer sur la flexibilité des arbres. Après le départ de Chamonix quelques pointes de sapin viennent me faire des courbettes au train qui les saluent d’un frottement appuyé les ébrouant au passage.

Pendant toute la fin du trajet, je me faufile à travers les flocons qui n’ont rien perdu en vigueur depuis deux heures de temps.

A Vallorcine, je stationne mon train dans près de 5 à 7 cm de neige fraîche.

C’est déjà l’hiver sur le Mont-Blanc Express !

 

Le réveil est sans surprise. Tout au plus la couche de neige atteint les 10 cm mais point de gel, une simple fraîcheur vivifiante bien supportable.

Le temps de remettre le train en état et une neige fine tombe à nouveau pour accompagner le départ et le retour vers le bas de la vallée et la pluie.

Chez nous, le service « d’hiver » a déjà posé ses jalons !



26/10/2010
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